Virginie : Bonjour Claude, pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
Claude : Je m’appelle Claude Faber. J’ai été attaché de presse, concepteur-rédacteur, participé à la création d’une agence appelée Profil Conseil. J’ai écrit pour l’audiotel, plein d’histoires de Bugs Bunny, Astérix… J’ai travaillé pour la NBA, été reporter pour les Editions Milan, chef de rubrique pour Les Clés de l’Actualité, journaliste politique pour Le Monde à Toulouse sur Tout Toulouse, puis reporter indépendant pour GÉO, National Geographic, Grand reportage, Art magazine, Courrier Cadre, Le Monde, Elle… Parallèlement, je faisais du conseil en écrit, animais colloques et débats. J’ai co-fondé le Tactikollectif, groupe d’actions politiques et culturelles. J’ai aussi été prof et j’ai écrit des livres. Aujourd’hui, je suis libraire et j’ai créé l’association « Les mots, L’émotion » avec laquelle, j’organise des événements littéraires et de lectures publiques.
Virginie : Quel est le fil rouge de votre parcours ?
Claude : Il y a deux choses : l’amour des mots et la communication entre les gens. Au départ je voulais écrire et voyager. La librairie relie tout ça aujourd’hui : c’est un espace de partage, rencontres littéraires, concertation, prise de position…
Virginie : Ce numéro de Konxus est dédié à la communication en conscience. Que représente pour vous une communication en conscience ?
Claude : Si je l’entends bien, c’est une communication attachée à des valeurs, de l’écoute, à la prise en compte de l’autre. Trop souvent, on communique avec des à priori, des raccourcis, des habillages. Une communication consciente implique d’être attentif à ce qu’on porte et aux relations humaines.
Virginie : À l’heure des réseaux sociaux, les mots ont-ils encore du pouvoir ? Peuvent-ils encore transformer nos vies, nos sociétés ?
Claude : Plus que jamais. Les réseaux sont comme un marteau : on peut construire ou détruire. L’important est l’usage et la réflexion autour. On a toujours besoin des mots, écrits ou oraux. Quand j’étais étudiant, j’ai travaillé sur un livre qui traitait de communication et manipulation. On nous amenait à réfléchir sur l’authenticité, les faits, les clichés… Les mots doivent aider à identifier et dire correctement les choses. Dans le chaos actuel, la littérature et la poésie sont indispensables.

Virginie : Que vous apporte la lecture publique et que construisez-vous avec le public ?
Claude : Historiquement, les textes ont toujours été faits pour être lus. C’est au Moyen Âge, grâce à l’imprimerie, que l’on a découvert qu’on pouvait lire pour soi, sans partager, notamment dans le cadre religieux. Puis on a redécouvert le plaisir de partager les textes. Je crois beaucoup à la quête d’émotions des gens, souvent plus profonde qu’on ne l’imagine. Il y a aussi une quête de sens. Même si nous n’avons pas tous la même sensibilité, nos vies nous poussent à rechercher autre chose que de simples informations sur la météo, les humeurs de Trump ou les résultats sportifs. Chacun trouve les émotions où il veut.
Ce qui me régale, ce sont les lectures au lever du soleil, à 5h30 face à la mer. Les gens, toutes générations confondues, sont en quête de mots qui vont les porter ou les toucher. Quand on me dit qu’ils ne comprennent pas la poésie, je réponds que la question n’est pas de comprendre mais de ressentir. Moi-même, je ne comprends pas toujours tout ce que je lis ; peut-être qu’en discutant avec l’auteur, chacun en tirerait quelque chose de différent. C’est comme regarder un tableau : on ne doit pas être expert en Beaux-Arts pour ressentir un Renoir ou un Van Gogh.
Je vois un vrai travail de pleine conscience chez certaines personnes. Elles viennent puiser, se reconnecter à elles-mêmes — cœur, corps, esprit — et parfois aux autres et au monde.
Virginie : À travers la librairie, l’association, les lectures, avez-vous le sentiment de faire votre part du colibri ?
Claude : Oui, toujours chercher du sens. Quand j’étais prof, ce qui me plaisait, c’étaient les interactions avec les étudiants ; journaliste, témoigner de la vie des gens. La librairie est ouverte symboliquement à tous pour raconter le monde. Pas de mur, pas de fenêtre. Les auteurs sont des colibris. La poésie, c’est une façon d’inviter l’autre à voir le monde différemment.
Virginie : Qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui ?
Claude : La vérité des émotions et des cœurs. Plus je vis, plus je comprends que ce qui compte, c’est ressentir et exprimer avec sincérité, force et conscience. Si j’étais encore reporter aujourd’hui, je chercherais à raconter la complexité du monde, à rester curieux.
Virginie : Vous travaillez avec des artistes de disciplines variées. C’est un engagement collectif ?
Claude : Oui. Je suis aussi président de l’association Tactikollectif à Toulouse, qui a donné naissance à Zebda. Lier culture et engagement social, sensibiliser aux discriminations et aux dogmes, c’est mon ADN. À la librairie, je croise musiciens, poètes, artistes pour interpeller les consciences. Ce qui m’importe avant tout, c’est d’émouvoir pour éveiller. La culture devient une passerelle entre les consciences.

Virginie : Quels rêves vous restent-ils à réaliser ?
Claude : Que ma famille et mes proches soient heureux. Que les gens soient plus conscients d’eux-mêmes et des autres.
Je rêve d’une vie en paix, personnelle et collective. Pas seulement au sens géopolitique, mais d’une paix intérieure, avec soi-même. Peu importe si cette paix ne correspond pas à mes critères ou mes valeurs. Ce qui compte, c’est que chacun puisse s’aimer un peu plus, être plus conscient de ce qu’il est — et, par là, plus attentif aux différences et à ce que sont les autres.
Virginie : Comment se reconnecter à sa paix intérieure ?
Claude : Il y a peut-être deux choses. Je ferais évidemment une invitation à la lecture et puis proposerais une connexion avec la nature. Il suffit d’aller se balader dans un champ, une forêt, au bord de mer. Observer sa complexité, sa beauté, sa fragilité, ses sons, couleurs et sensations… Je trouve que c’est une belle école de vie. Cela aide à mieux se regarder, à être humble.
Virginie : Si vous deviez conseiller un seul livre ?
Claude : Un livre de Jon Kalman Stefansson, un auteur islandais : Ton absence n’est que ténèbres. Rien que le titre ne vaut-il pas un prix Nobel de littérature ?
Un bonus ? Mahmoud Darwich ou Andrée Chédid. C’est pour moi, une des poésies les plus belles qui existent.
Merci Claude !