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Fabien Coignard : L’humain au centre, par instinct

Fabien Coignard a bâti Ecobat sur des principes simples de confiance, de transparence et de responsabilité, démontrant qu’un management profondément humain peut être à la fois performant et durable. Convaincu que l’entreprise est avant tout une aventure collective, il implique ses équipes dans les décisions et prépare déjà la transmission de l’entreprise à ceux qui la font vivre au quotidien.
Iker Aguirre
Co-fondateur de Konxus Media. Dirigeant d’entreprise depuis bientôt 30 ans, il cultive une passion pour le potentiel humain et l’entreprise. Conférencier international, il œuvre pour remettre l’humain au centre de l’entreprise et pour une performance épanouie avec un impact humain, conscient et responsable.

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Futur président du CJD Pays Basque, Fabien Coignard dirige Ecobat, une PME de huit personnes spécialisée dans l’habitat durable. Il n’en a pas conscience, mais sa manière de manager — intuitive, ancrée, presque familiale — épouse les fondamentaux des écoles managériales les plus avancées. Sa source d’inspiration ? Sa grand-mère. Portrait d’un dirigeant qui a, sans le savoir, une longueur d’avance.

Ce qu'il faut savoir

Ce qu'il faut savoir

Il y a deux manières de devenir un dirigeant d’avant-garde. La première consiste à lire Isaac Getz, Frédéric Laloux et Brian Robertson, puis à entreprendre une « libération » programmée de son entreprise. La seconde — beaucoup plus rare — consiste à écouter sa grand-mère et à appliquer, sans le savoir, ce que les meilleurs théoriciens du management mettront cinquante ans à formuler. Fabien Coignard appartient à la seconde catégorie.

Tout est là. Le fondateur d’Ecobat a construit en neuf ans une organisation que les chercheurs qualifieraient de « libérée », sans avoir jamais ouvert un livre sur le sujet. Lui parle d’évidence et de bon sens. Les autres y verront une révolution silencieuse.

 

La grand-mère, première école de management

Dans la séquence finale de l’interview, Fabien évoque les deux figures qui ont forgé son rapport au travail : sa grand-mère, comme personne qui l’inspire ; la confiance, comme valeur non négociable. Deux mots. Une seule éducation. Derrière son aïeule, il y a tout un substrat culturel — celui d’une époque où l’on faisait confiance d’abord, où l’on partageait la table avant de partager les décisions, où l’on disait simplement les choses.

Cette éducation transparaît partout. Quand on lui demande quel objet représenterait son entreprise, Fabien répond : « Une table autour de laquelle on fait des repas et on partage des bons moments. » Pas un organigramme. Pas un slogan. Une table : un lieu où chacun a sa place, où la parole circule, où l’on prend le temps. Et de fait, l’équipe d’Ecobat déjeune ensemble tous les vendredis midi : « Cela permet d’aborder de manière informelle plein de sujets, qui ne nécessitent pas forcément une réunion formelle. »

Voilà comment une grand-mère devient l’auteure d’un manuel de management humaniste.

 

Trois piliers, sans le savoir : l’écho d’Isaac Getz

Interrogé sur les fondations de son management, Fabien énonce un triptyque qu’il croit improvisé : « Transparence, confiance, droit à l’erreur. »

Or ce sont exactement les trois croyances fondamentales qu’Isaac Getz identifie chez les « leaders libérateurs » dans son ouvrage de référence Liberté & Cie (2012) : l’homme est digne de confiance, chacun a des dons, les individus préfèrent se diriger eux-mêmes.

Chez Ecobat, ces principes ne s’affichent pas sur une plaque. Ils se vivent. La confiance ? « Qui que ce soit dans l’équipe me dit qu’il a un problème, je sais que c’est vrai. Il y a une confiance absolue, pas aveugle, mais construite. » La transparence ? « On met toujours tout sur la table. Il n’y a pas de sujets difficiles. » Le droit à l’erreur ? « On a tous des difficultés et on commet tous des erreurs. Il faut se tromper pour apprendre à progresser. »

Getz insiste sur un point qui résonne avec Fabien : la libération d’une entreprise dépend du dirigeant, et de sa capacité à renoncer à son ego. Fabien l’a compris intuitivement : « Sois comme tu es. N’essaie pas de jouer un rôle. Pas être le manager hyper carré, pro, à qui on ne peut rien reprocher. On est tous humains. »

 

 

 

La théorie Y, version Pays Basque

En 1960, Douglas McGregor, professeur au MIT, oppose dans The Human Side of Enterprise deux visions de l’humain au travail : la théorie X, qui suppose que l’individu est paresseux et doit être contrôlé ; la théorie Y, qui postule qu’il est naturellement capable d’autonomie et qu’il cherche à s’engager dans une activité qui fait sens. Soixante-cinq ans plus tard, Fabien incarne la théorie Y au pied de la lettre — sans en avoir entendu parler.

L’épisode du recrutement de Marina est emblématique. Face à deux profils — l’un cochant toutes les cases techniques, l’autre correspondant au savoir-être recherché —, Fabien choisit la seconde. Quelques mois plus tard, Marina lui confie : « Tu m’as dit : je te choisis non pas pour tes compétences, mais pour ton savoir-être. Je crois enfin trouver l’entreprise qui me correspond, où on vient me chercher pour ce que je suis. »

C’est exactement ce que Frédéric Laloux, dans Reinventing Organizations (2014), appelle la plénitude(wholeness) — l’un des trois piliers des organisations opale. Une entreprise opale est celle qui n’exige pas de ses collaborateurs qu’ils jouent un rôle ; elle leur permet de venir au travail avec l’intégralité de ce qu’ils sont. Fabien, à sa façon, théorise : « Si on impose à quelqu’un une mission avec laquelle il n’est pas à l’aise, il ne va pas s’épanouir. Si chacun est dans son domaine de compétences, ça génère de l’envie, de l’enthousiasme. »

 

L’« advice process », raconté par un patron de PME

Le pilier suivant des organisations opale porte un nom : l’advice process, ou décision par sollicitation d’avis. L’idée est simple : toute personne peut prendre une décision, à condition d’avoir consulté les experts et les personnes concernées. Pas de consensus mou ; une intelligence collective structurée.

Fabien décrit ce processus presque mot pour mot. Qu’il s’agisse d’une décision stratégique majeure — le lancement de l’activité « traitement des moustiques » — ou anodine — le renouvellement du bail du photocopieur —, la méthode est identique :

Poser le sujet sans l’orienter : « On a dit : il y a ce sujet-là, qu’est-ce que vous en pensez ? Comment on pourrait le travailler ? »

Laisser infuser individuellement : sur la transmission, « je leur ai demandé d’abord de réfléchir à titre personnel, sans en parler avec les autres ».

Confronter collectivement : « Les décisions sont toutes discutées autour de la table, et tout le monde est convié à la réflexion. »

Trancher quand il le faut : « Quand il faut trancher, on tranche. »

Et un aveu rare : « J’aime au contraire avoir des gens qui ne sont pas d’accord, parce qu’ils vont amener de l’eau au moulin. » C’est, à la lettre, le principe sociocratique de la décision par consentement : ne pas chercher l’unanimité, mais traiter les objections utiles.

 

 

La transmission comme aboutissement

Le plus remarquable, c’est que Fabien étend cette philosophie jusqu’au sujet ultime : la pérennité d’Ecobat. À neuf ans d’existence, il prépare déjà la reprise de l’entreprise par ses salariés. Non par stratégie patrimoniale, mais par conviction : « L’entreprise doit être portée par ses salariés. C’est à eux qu’elle revient légitimement, au vu de l’énergie qu’ils y mettent. »

La méthode est fidèle à elle-même : exposition du sujet, six mois de réflexion individuelle, retour collectif. Ce que Virginie Gonzalez résumera d’une formule lumineuse : « C’est une culture d’entreprise qui crée une équipe de dirigeants d’entreprise. Et après, la reprise devient naturelle. » C’est précisément ce que Laloux nomme la raison d’être évolutive : l’entreprise comme organisme vivant, capable de se prolonger au-delà de son fondateur.

 

Le bon sens, cette avant-garde

À l’heure où les écoles de commerce facturent des MBA pour enseigner ce que Fabien a inventé tout seul, sa trajectoire pose une question vertigineuse. Et si l’avant-garde du management n’était pas dans les théories les plus complexes, mais dans le retour aux savoirs les plus simples ? Et si les entreprises de 2050 étaient celles qui auraient eu le courage de renouer avec ce que les grand-mères transmettaient depuis toujours, autour d’une table ?

Fabien le dit lui-même, modestement : « Je n’ai pas la prétention d’avoir fait beaucoup de choses, mais je vois que ça marche, et que nous prenons tous du plaisir à notre niveau. Donc si on peut transmettre un peu ça, c’est l’idée. »

Voilà peut-être la définition la plus juste d’un leader libérateur : quelqu’un qui ne sait pas qu’il en est un.

Points clés

Points clés

Les 4 points clés de l’article sur Fabien Coignard

  • Un leadership humaniste fondé sur le bon sens et la confiance
    Sans suivre de théorie managériale particulière, Fabien Coignard a construit Ecobat autour de valeurs simples mais puissantes : la confiance, la transparence et le droit à l’erreur. Son management repose avant tout sur les relations humaines, l’authenticité et la conviction que chacun peut donner le meilleur de lui-même lorsqu’il se sent respecté et écouté.
  • Mettre les personnes avant les compétences
    Pour lui, le savoir-être est souvent plus important que le savoir-faire. Il privilégie les personnes qui partagent les valeurs de l’entreprise et veille à ce que chacun occupe une place où il peut s’épanouir pleinement, créant ainsi engagement, enthousiasme et performance collective.
  • Une gouvernance basée sur l’intelligence collective
    Chez Ecobat, les décisions sont construites avec l’équipe grâce à une culture de dialogue, de réflexion partagée et de confrontation constructive des idées. Fabien considère les désaccords comme une richesse et fait participer les collaborateurs aux choix stratégiques comme aux décisions du quotidien.
  • Une vision de l’entreprise comme bien collectif à transmettre
    Au-delà de la performance économique, il prépare déjà la transmission d’Ecobat à ses salariés. Sa conviction est que l’entreprise appartient à ceux qui la font vivre chaque jour, et que le rôle du dirigeant est de créer les conditions pour que le projet continue à grandir au-delà de lui.

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