Virginie : Avant d’entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous vous présenter ainsi que l’équipe qui porte le projet ?
Mikel : Kinka est un projet que nous portons à cinq associés. Je suis Mikel Guerendiain, de Saint-Pée-sur-Nivelle. Je suis entrepreneur et à l’origine, commerçant.
Daniel : Je suis Daniel Larrechea. Je viens du rugby professionnel, que j’ai pratiqué pendant plus de douze ans.
Mikel : À nos côtés, trois autres associés, Annie, Laurent et Christophe, issus de la restauration et du secteur bancaire complètent le collectif. Cette diversité de parcours est une vraie force. On a mis près de dix ans à faire émerger Kinka, avec l’envie commune de créer un lieu vivant, utile et profondément ancré localement, pensé pour les habitants d’ici.
Virginie : Comment est né le projet Kinka ?
Daniel : Le projet Kinka ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a fallu presque dix ans entre l’idée de départ et l’ouverture en 2020. Au départ, on était cinq associés, avec des parcours très différents. De mon côté, je venais du rugby professionnel, que j’ai pratiqué pendant une douzaine d’années. Les autres venaient du commerce, de la restauration, de la banque.
Mikel : Avant même de parler de projet, il a fallu se dire “oui”, comme dans un mariage. Ce “oui”, on se l’est dit très tôt, bien avant que le lieu n’existe.
Iker : Pourquoi avoir pris autant de temps avant de lancer le projet ?
Mikel : Parce que chacun avait déjà sa vie professionnelle, ses engagements, ses responsabilités. Il a fallu du temps pour accepter de lâcher certaines sécurités. Il y a eu beaucoup d’obstacles : administratifs, financiers, techniques. Plusieurs fois, on aurait pu abandonner. Mais l’envie était là, et surtout la conviction que ce projet avait du sens pour le territoire.

Virginie : Quelle était cette conviction de départ ?
Daniel : Créer un lieu ancré localement, pensé pour les habitants d’ici. Proposer des pratiques sportives, de bien-être et de santé qui n’existaient pas sur le secteur, ou qui obligeaient à se déplacer jusqu’au BAB. On voulait que les gens puissent pratiquer près de chez eux, dans un lieu vivant, accessible, intergénérationnel.
Iker : Aujourd’hui, à quoi ressemble Kinka ?
Daniel : C’est un bâtiment de 3 500 m², dont 1 500 m² dédiés au sport. On y trouve deux terrains de padel, un foot à cinq, un fronton, une zone de cross-training, 400 m² de fitness et de musculation, une salle RPM et un bassin. Il y a aussi un restaurant d’une centaine de couverts, un bar, une salle de réunion, et des cabinets de kinés et d’ostéopathes intégrés. Notre adhérente la plus âgée a plus de 90 ans, ce qui résume assez bien notre volonté d’ouverture.
Virginie : Un tel projet sur un territoire de 7 000 habitants représente un risque important…
Daniel : Énorme, même. Mais le risque fait partie du jeu. On ne le prend jamais seul. Il repose aussi sur l’entourage, les familles, les proches. Le sport de haut niveau m’a appris ça : s’engager pleinement, accepter l’incertitude, tomber, se relever. À un moment, il faut lever la main et dire “j’y vais”.

Iker : Ton passé de sportif influence-t-il ta manière de diriger ?
Daniel : Complètement. Chez Kinka, on fonctionne comme dans un vestiaire. Les dirigeants sont présents le matin quand les équipes arrivent et le soir quand elles repartent. Il n’y a pas de distance. On partage les réussites, mais aussi les difficultés. La transparence crée la confiance, et la confiance permet l’engagement.
Virginie : Quelle place occupe l’équipe dans le projet ?
Mikel : Elle est centrale. Rien ne se fait sans elle. Malgré le Covid et les périodes très compliquées, plus de 80 % de l’équipe est toujours là depuis l’ouverture. Chacun a une vraie place, une vraie responsabilité. On avance ensemble, dans le bon comme dans le dur.
Virginie : Comment se traduit cette culture de l’analyse au quotidien ?
Mikel : Tous les jours, on s’adapte. Il y a des bonnes nouvelles, des mauvaises. On ajuste en permanence. On délègue de plus en plus, mais surtout on essaie de mettre les bonnes personnes au bon endroit, au bon moment. Notre rôle, c’est de créer les conditions pour que chacun puisse s’épanouir dans ce qu’il fait.

Iker : La délégation est-elle facile à mettre en place ?
Mikel : La délégation, ce n’est pas un abandon. On responsabilise, mais on accompagne. On ne laisse jamais quelqu’un seul avec une mission. Et surtout, on accepte de ne pas tout savoir. L’équipe nous apprend énormément, et il ne faut pas avoir honte de ça en tant que dirigeant.
Virginie : Comment construisez-vous la confiance au sein de l’équipe ?
Mikel : De manière très concrète. Certains soirs, ce sont les collaborateurs qui ferment le bâtiment, qui gèrent les caisses, et on dort tranquille. Le contrôle existe, bien sûr, mais il est là pour sécuriser, pas pour surveiller.
Iker : Avez-vous mis en place des rituels managériaux ?
Daniel : Pas de rituels formels. Ce qui compte, c’est la proximité. Dire bonjour, prendre un café, sentir l’ambiance. Si quelqu’un ne va pas bien, ça se sent vite. Et l’entraide se met naturellement en place.
Virginie : Encouragez-vous les initiatives individuelles ?
Daniel : Oui, mais des initiatives structurées. Les idées doivent être réfléchies, argumentées. Si un projet est cohérent et qu’on peut l’assumer collectivement, on y va. Si ce n’est pas le bon moment, ce n’est pas un non définitif.

Iker : Et dans l’autre sens, l’équipe peut-elle remettre en question la direction ?
Daniel : Bien sûr. Si l’équipe ne croit pas à un projet porté par la direction, on l’écoute. Faire quelque chose sans l’adhésion des personnes concernées n’a aucun sens. Chaque action a un coût humain et financier.
Virginie : Selon toi, qu’est-ce qui fait la force d’une équipe ?
Mikel : Le sens, le plaisir, l’engagement et l’honnêteté. Dire quand ça va, dire quand ça ne va pas. Savoir se dire les choses, même quand c’est inconfortable. Les non-dits sont destructeurs.
Iker : As-tu le sentiment d’être arrivé aujourd’hui ?
Daniel : Non, jamais. Comme dans le sport de haut niveau, tout est toujours à recommencer. Une victoire un jour, une difficulté le lendemain. On analyse, on s’entraîne, on repart. Chez Kinka, tous les jours, c’est un show. Et c’est ce qui nous pousse à donner le meilleur, ensemble.
Iker : Si Kinka est exactement tel que vous l’aviez rêvé, et qu’un client pousse la porte pour la première fois… qu’est-ce qu’il devrait ressentir en entrant ?
Daniel : Il ressentirait de l’attention. Et ça, c’est le maître mot. Notre job est de recommencer tous les jours. Pour s’occuper des gens, ceux de chez nous aussi. Comme au premier jour. C’est à ça que l’on doit d’avoir cet engouement dès l’ouverture. On se doit de conserver ça et on s’interdit de se croire arrivés. La personne qui rentre chez Kinka doit se sentir bien dès qu’elle passe la porte, qu’elle ne se sente pas comme un numéro, qu’elle soit sportive de haut niveau, ou juste pour perdre du poids. Elle doit se sentir accompagnée et considérée.
Et ça, ce sera notre réussite.
Merci !