Esprit Neuf, Esprit Apprenant : L’Importance de l’Expérience Innée et Acquise pour la Croissance Personnelle
D’après la chercheuse E. Langer, l’attention est par défaut orientée vers le passé. Nous enregistrons plus ou moins consciemment des informations qui nous servent à décrypter nos perceptions du présent. Selon elle, ce mode de fonctionnement se fait au détriment d’un fonctionnement plus intuitif basé sur l’éveil au contexte et à l’instant présent. En effet, la force des habitudes, du langage, et des conditionnements a un effet performatif. D’une certaine manière, les tendances du passé modulent notre vision du réel. Si tout fonctionne à peu près dans mon esprit, nous retrouvons le chemin qui nous conduit de notre travail à notre lieu de vie.
Quel est le Problème ? Comprendre les Défis pour un Développement Optimal
En s’endormant dans le quotidien, l’attention n’apprend plus, elle se repose sur ce qu’elle sait déjà. Notre expérience n’aboutit qu’à nous-même, et même quand on est en contact avec autrui, on est en contact avec ce qu’on pense de l’autre, donc avec nous-même.
Ainsi, l’appauvrissement de l’attention renforce l’appauvrissement de l’expérience.
Finalement, on est moins attentif au chemin de traverse pour rentrer chez soi et une voiture peut surgir sans qu’on y prête garde. On ne fait plus attention aux détails nouveaux sur la route. Cette métaphore s’applique à beaucoup d’opportunité que l’on ne voit pas faute d’éveil des sens.
L’apprentissage passe par les expériences nouvelles, mais l’expérience nouvelle ici ce n’est pas forcément aller très loin ou être quelqu’un d’autre. Il s’agit de cultiver le plus souvent possible et même dans les actions insignifiantes un regard neuf, et changer juste un peu nos habitudes régulièrement, au moins les questionner. Cela permet de devenir plus apprenant.
Comme déjà J. Goeth ou C. Darwin le suggéraient dans leur démarche, vivre une émotion ou une situation comme une expérience signifie ici : qu’est-ce qui est nouveau, qu’y a-t-il dans cette expérience qui pourrait modifier ou influencer ce que je sais déjà, voire le contredire ?

Cette attitude fondamentale de curiosité conduit à devenir plus intuitif et plus créatif. Il s’agit juste d’un état d’esprit.
Quand j’ai commencé à enseigner la pleine conscience au Pays Basque en 2010, il y avait un certain nombre de personnes recommandées par les soignants de l’équipe de soin palliatif du Centre Hospitalier de la Côte Basque. Une personne m’a alors témoigné le fait que la maladie avait changé son regard sur la vie, que la pratique de la pleine conscience avait permis qu’elle prenne plus soin d’elle, ce qu’elle s’était toujours interdit de faire. Puis, d’autres personnes ont évoqué des témoignages similaires. Au début, je pensais que ces hommes et ces femmes faisaient contre mauvaise fortune bon cœur., mais le temps passant et observant que ces expériences se répétaient, j’ai pu me rendre compte que ces personnes vivaient réellement ce qu’elles disaient.
Leur expérience de la maladie se modifiait en profondeur. La maladie était devenue un moyen de percevoir la réalité sous un nouveau jour. Certaines n’étaient pas dupes du temps qui leur restait à vivre, mais ce temps-là avait une saveur et portait en lui-même une expérience qui devenait unique et intense. Et à contrario, certains vivaient la maladie pour ce que leur apprentissage leur avait dit qu’elle était : un drame.
Transformer Son Expérience du Plomb en Or : Valoriser l’Expérience pour un Succès Durable
Au départ, notre être enregistre des évènements, dès l’instant qui suit c’est déjà un récit. Qu’est-ce qui va faire que pour le même évènement certains vont être pris par la tourmente pendant des années et d’autres vont enrichir la vie avec des choix altruistes ?
On le voit souvent dans les récits de personnes qui ont vécu des évènements terribles, certains vont juste être accablés quand d’autres vont se servir de cela pour avoir une vie plus ouverte sur les autres, comme si une démarche altruiste était réparatrice. Il y a certainement des prédispositions, une culture et un entourage qui va être déterminant dans ce processus d’expérience.
Je ne suis pas sûr que la méditation soit en elle-même un facteur de transformation.
La méditation agit sur l’apprentissage dans la mesure où elle est bien calibrée pour sortir des ornières de l’attachement aux habitudes mentales et à la tendance à fixer les choses dans l’esprit. Rester fixé sur la respiration apportera du mieux-être et une base de stabilité, mais sans ce regard neuf et nu sur le vécu du moment présent, la méditation sera entre les mains de nos conditionnements.
Il s’agit d’agir avec les méthodes contemplatives qui sont les nôtres sur la partie immergée de notre être qui dessine la réalité et notre histoire, moment après moment. Si le dessinateur est notre système de peur ou notre système d’envie, le dessin de notre évènement ne sera pas le même que si c’est le système d’apaisement. Pour notre survie, l’expérience passe plutôt par le système de survie et d’envie. Malheureusement pour notre équilibre de vie, ce n’est pas toujours profitable.
Stimuler le calme, la clarté, l’ouverture et la connexion au monde, pour autant que cela semble enfantin aux cyniques, permettra de transformer son expérience avec plus de richesse et de variété que le fait la peur ou l’espoir.

Être Actif dans l’Expérience : Maximiser l’Impact de l’Expérience pour un Développement Personnalisé
D. Kanheman est une autre figure importante du processus de l’expérience et de l’intuition. Son ouvrage « Système 1 système 2 les deux vitesses de l’esprit » rassemble un grand nombre de recherches et de réflexions sur ce qui construit l’expérience. Un point important semble que l’expérience répétée crée un apprentissage, et que cet apprentissage auquel nous sommes plus attentifs en pleine conscience va permettre de générer une forme d’intuition à laquelle nous serons à l’écoute. Le pompier expérimenté perçoit avant la catastrophe que le toit en feu de la maison va s’effondrer, alors que le feu dans le toit est encore imperceptible. Encore une fois, le terme « pleine conscience » dans ce cas de figure renvoie au fait de prêter attention à ce qui change, ce qui n’est pas comme d’habitude, que ce soit dans les objets de perceptions, ou dans la manière d’être conscient des choses.
La pleine conscience est un facteur démultiplicateur de l’expérience acquise. Par exemple, un lanceur de javelot lance tous les jours le javelot, mais au-delà d’un seuil, seule sa capacité à percevoir les points de détails de chaque performance va lui permettre d’apprendre et de progresser dans son art.

Le Non-Savoir : Quand le Mental Limité par le Passé Ne Peut Plus Accéder à l’Expérience
L’expérience acquise au grès de l’apprentissage et l’expérience intuitive trouvent leur point d’union dans l’acte créatif. Une coordination entre le savoir et le non-savoir donne la possibilité à une forme d’intuition de se manifester qui donnera l’idée à l’artiste de surligner ici, et d’effacer le trait là.
Le non-savoir est là où le mental qui puise dans le passé ne peut plus savoir.
C. Petitmengin étudie le processus de l’intuition étape par étape. En tant que chercheuse, son processus de réflexion se veut systématique. Mais comment étudier des processus d’intuition qui échappent au systématique comme le fait de deviner la mort d’un proche, d’avoir des dons de prescience ? Dans une série d’entretiens, elle avance sur ce plan en tentant de donner forme à ce qui n’en a pas : l’expérience intuitive. Selon elle, cette expérience n’est pas le fruit d’un apprentissage, ni même la conséquence de l’inconnu. Elle jaillit dans l’esprit comme une forme surgit du ciel se reflète sur un miroir.
L’expérience intuitive n’a pas besoin de la méditation, ni même de spiritualité. Mais celles-ci permettent de donner des codes et des méthodes pour que l’intuition puisse ensuite être appréhendée et comprise sur un plan plus relatif : au début il y a juste une impression, quelque chose d’informe qui se déploie dans la conscience et s’exprime avec des mots ou des symboles.
L’expérience intuitive doit aussi se distinguer des aspirations ou des espoirs ainsi que des peurs. « J’ai un mauvais pressentiment » est parfois le fruit des peurs, pas de l’intuition. C’est la raison pour laquelle apprendre la clarté et le calme mental sera un moyen puissant pour profiter de l’expérience de la vie. L’expérience innée est un trésor enfoui par-delà le mental et l’illusion du contrôle de la vie. Quand cette illusion se dissipe et que les peurs et les espoirs s’apaisent, surgit alors une clarté qui s’affranchit de l’expérience antérieure. Pour l’expérience acquise, on aura tout intérêt à cultiver une attention pour s’enrichir à travers nos sens et habiter le quotidien. Cela nous permettra d’avoir accès à de nombreuses informations et de les assimiler à partir de notre part de sagesse et non seulement par la peur et l’envie.