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Se dire les choses, c’est avancer ensemble !

Dans le sport comme en entreprise, les non-dits fragilisent la cohésion et freinent la performance collective. Oser se dire les choses avec respect et franchise, c’est faire preuve de courage managérial : une condition essentielle pour faire grandir l’équipe et maintenir la confiance.
Kobe Myaro
Ancien handballeur professionnel et diplômé d’un master IMOS, dirige le Sporting Village Toulouse et Blagnac, un lieu innovant mêlant sport, restauration, coworking et hôtellerie. Engagé dans des projets alliant performance, bien-être et impact social, il anime aussi « En tête à tête », des conférences explorant le lien entre parcours sportifs et monde de l’entreprise.

Si vous souhaitez écouter l’article en version audio :

Les similitudes entre le sport de haut niveau et le monde de l’entreprise sont nombreuses. Les deux reposent sur des femmes et des hommes réunis autour d’un projet commun, d’un objectif à atteindre ensemble, et d’une exigence de performance collective. Bien souvent, des conférences portant sur ce thème mettent en avant des situations connues dans le monde sportif qui peuvent s’appliquer tout ou partie dans le monde de l’entreprise.

Ce qu'il faut savoir

Ce qu'il faut savoir

Pour ma part j’essaye de manager mon équipe tout comme mes précédents entraineurs (les meilleurs bien sûr) m’ont managé.

Je retiens surtout leur motivation à créer un environnement favorable et professionnel pour que l’équipe « gagne ensemble ».

Pour ce faire, il existe un ingrédient souvent oublié, à la fois simple et terriblement difficile à manier – la capacité à se dire les choses qu’on peut résumer par « le poids des non-dits » :

  • Un entraîneur qui ne communique pas avec ses joueurs perd son leadership.
  • Des joueurs qui ne se parlent plus entre eux font disparaître la cohésion.
  • Des joueurs qui n’osent plus parler à leur coach s’éloignent du projet collectif.

En entreprise, c’est exactement la même chose. Les non-dits s’installent lentement, discrètement. Ils ne se voient pas, mais ils agissent en profondeur :

  • Une remarque jamais formulée devient une rancune.
  • Un malentendu se transforme en défiance.
  • Une frustration se mue en désengagement.

Le non-dit, c’est ce petit caillou dans la chaussure du collectif : on peut continuer à avancer, mais à chaque pas, la gêne grandit. J’aime bien les définir ainsi – un sujet qui tracasse le collaborateur, le dérange au quotidien et qui peut faire prendre un risque à l’entreprise, au projet s’il n’est pas révélé.

Pour faire taire, les non-dits, plusieurs méthodes existent.

 

 

« Mettre sa chasuble de connard »

J’ai revu récemment Jonathan Roby, ancien coéquipier avec qui j’ai pu évoluer au FENIX Toulouse Handball.

Un gars entier, direct, fidèle à lui-même, et avec une expression bien à lui :

« Mettre sa chasuble de connard ».

Autrement dit : oser dire les choses sans prendre de pincettes. Pas pour blesser, pas pour humilier, mais parce que parfois, dans une équipe, il faut confronter les points de vue pour faire avancer le collectif.

Dans un vestiaire, les non-dits n’ont pas leur place :

  • Si un joueur ne fait pas les efforts, on lui dit.
  • Si l’équipe va droit dans le mur, on secoue.
  • Si le coach se trompe, on ose le lui dire.

Pourquoi ?

  • Parce que le collectif passe avant les égos.
  • Parce que la franchise, quand elle est au service du projet, devient une force.

Et c’est là que le parallèle avec le monde de l’entreprise est évident.

En entreprise aussi, il faut oser même si le cadre reste différent de celui d’un vestiaire.

Dans une équipe professionnelle, si personne ne met la chasuble de temps en temps : les frustrations s’accumulent, les erreurs se répètent, l’équipe stagne. Pire encore : des situations sont interprétées différemment, alors qu’il ne s’agit que d’un « point de vue » différent. On le voit bien dans l’interprétation de certains écrits comme des emails qui peuvent être complètement mal interprétés par le lecteur en fonction de sa posture, son environnement, son état psychique, moral au moment de la lecture.

Les non-dits deviennent alors des fléaux silencieux : un collaborateur qui garde pour lui ce qu’il ressent, un manager qui évite un sujet « pour préserver la paix », créent une illusion d’harmonie… jusqu’à la rupture.

On dit souvent qu’il faut « féliciter en public, réprimander en privé ».

Je ne suis pas totalement d’accord.

Parfois, rappeler les règles du jeu en public permet de réaligner tout le monde, de redonner du sens, d’assurer une cohérence collective.

C’est ce qu’on fait dans un vestiaire : quand le coach parle, c’est pour que chacun entende la même chose, au même moment.

La vision doit être partagée.

L’important, c’est le respect et la bienveillance dans la manière de le dire, pas le fait de le dire.

 

 

Dialogue et management : booster la cohésion et la performance de vos équipes.

Être manager, c’est occuper une chaise inconfortable : celle de l’écoute.

Écouter les retours, les critiques, les doutes… sans se fermer, sans se défendre. C’est apprendre à encaisser, à reformuler, à comprendre ce que l’autre veut vraiment dire. C’est accepter que, parfois, le message reçu n’est pas agréable, mais nécessaire.

Dans le sport, un coach apprend vite que ce sont les retours les plus francs qui lui permettent d’évoluer. En entreprise, c’est pareil : le feedback sincère, même maladroit, vaut mieux que le silence poli.

 

Techniques efficaces pour briser le silence et favoriser la communication

Pour sortir du piège des non-dits, il faut instaurer une culture de la parole. Pas une parole « libre » sans cadre, mais une parole utile et constructive.

Quelques leviers simples peuvent y contribuer :

  • Les règles du jeu du collectif : « on dit ce qu’on fait et on fait ce qu’on dit. »
  • La définition claire et immuable des « Valeurs » de l’entreprise qui comprennent également les attitudes à avoir entre collaborateurs.
  • Les entretiens réguliers : trimestriels plutôt qu’annuels, pour ajuster en continu et désamorcer les tensions.
  • La porte ouverte : symboliquement et concrètement, une posture managériale qui dit « viens m’en parler. »
  • Le droit à l’erreur : parce qu’on ne peut pas s’exprimer sincèrement dans un environnement qui sanctionne la moindre faille.
  • Un exercice plutôt difficile : la chaise du manager à faire uniquement accompagné par un professionnel formateur. Une situation où tous les collaborateurs sont ensemble (dans une petite équipe) et disent à un autre collaborateur, assis sur une chaise, ce qu’ils pensent de lui sans que ce dernier puisse interagir. Il écoute, encaisse, ne commente pas. Ceci permet de se dire les choses en toute franchise.

 

 

Jonathan, lui, est resté fidèle à cette philosophie. Aujourd’hui responsable du centre de formation de Limoges Handball, il est reconnu pour sa franchise et sa droiture.

Parfois, il enfile la chasuble un peu vite, mais une chose est sûre : il fait avancer les choses.

Et c’est bien là l’essentiel.

En conclusion, le non-dit, c’est la peur qui s’invite dans la relation.

Le dire, c’est un acte de courage.

Et dans le sport comme dans l’entreprise, le courage collectif est toujours ce qui distingue les équipes qui subissent… de celles qui grandissent.

Alors, oui, parfois, il faut oser mettre la chasuble.

Pas pour dominer, mais pour construire.

Pas pour se défouler, mais pour aligner.

Pas pour « avoir raison », mais pour que tout le monde avance dans la même direction.

Et vous ? Vous osez, vous aussi, mettre la chasuble quand il le faut ?

Points clés

Points clés

Voici les 4 idées à retenir de ce texte écrit par Kobé Myaro :

  • Les non-dits minent la cohésion d’équipe : qu’il s’agisse de sport ou d’entreprise, l’absence de communication fragilise la confiance, crée des frustrations et freine la performance collective.

  • Oser dire les choses est un acte de courage et de responsabilité : « mettre sa chasuble » signifie exprimer une vérité utile, avec franchise et bienveillance, au service du collectif.

  • Le rôle du manager est d’écouter et de favoriser une parole constructive : instaurer un climat où le dialogue est possible, respectueux et régulier permet d’éviter les tensions et les malentendus.

  • La culture du feedback renforce le leadership et la croissance collective : en valorisant la transparence, le droit à l’erreur et des échanges sincères, l’équipe apprend à grandir ensemble plutôt qu’à subir.

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