Bullshit !
Nous sommes les rois du mensonge, des excuses et des faux-semblants.
On voit que nos choix nous font du mal, que le chemin entrepris n’est pas l’idéal et que nous y laissons des plumes. Mais rien n’est fait pour qu’il en soit autrement.
« Oui, mais… » est alors la réponse qui chasse les invitations à changer de cap.
Elle est la source abondante d’histoires qui ne convainquent personne, si ce n’est la volonté de s’infliger l’inacceptable.
Tous les jours, c’est Carnaval !
Chaque jour, dès le réveil, on ouvre une garde-robe de déguisements et une fois parés, on laisse dedans, tapis dans l’ombre de l’oubli, celui ou celle que nous sommes réellement.
Ainsi, du matin au soir, nous jouons mille rôles parfaitement maîtrisés. Chaque jour devient une pièce de théâtre où la seule chose réelle qui se joue est le fait de passer à côté de qui nous aurions aimé pouvoir être.
Et là, de répondre encore : « Oui, mais… »

Ils sont si peu nombreux…
Toute ma vie j’ai été attiré par les gens « hors cadre », hommes et femmes que s’osaient et qui allaient explorer l’inconnu. Au début, je croyais que c’étaient leurs histoires superlatives qui m’animaient. Je rêvais alors d’exploits et de limites à dépasser. Mais je me trompais. Ce que j’admirais chez ces gens-là, c’était leur lumière.
Elle rayonnait à travers leurs yeux, s’exprimait dans leurs exploits et inspirait avec leur vérité essentielle. J’avais là des hommes et des femmes qui s’étaient donné les moyens d’exprimer pleinement ce qu’ils avaient au fond d’eux. Leur lumière m’illuminait et ravivait ma flamme en retour, elle qui ne demandait qu’une chose : briller de mille feux en suivant leur exemple.
Pourtant, ces rencontres sont tellement rares… Pourquoi ?
Parce qu’allumer sa lumière est dérangeant. Dérangeant pour soi parce qu’elle exige un courage que beaucoup n’ont plus. Dérangeant pour les autres parce qu’elle leur fait de l’ombre.
Mais aussi parce que la norme est au standard, à rentrer dans les clous et à respecter les codes. Bref, une norme grise et monotone, comme nos vies quand elles sont dictées par les : « Oui, mais… »

S’oser, s’assumer, s’autoriser.
Le triumvirat du succès et de l’échec. Ne cherchez pas plus loin. Il est là.
« Oui, mais… » veut dire :
Je ne m’ose pas
Je n’ai pas le courage d’aller voir ce dont je suis réellement capable, celui ou celle que je suis réellement, sans apparat ni faire-semblant.
Je ne m’assume pas
Je ne passe pas le filtre du jugement, intérieur et extérieur. Image de soi, réputation, appartenance, ego, orgueil et compagnie… Ce sont eux qui règnent en moi. Ils sont mes souverains, moi leur vassal.
Je ne m’autorise pas
Je ne me donne pas le droit d’exprimer ce que j’ai en moi, alors je l’étouffe, je le mets dans un coin. Je deviens tensions et dissociations intérieures, puis un mal-être sournois s’impose.
C’est quoi le bonheur ?
Le 13 février 2009, j’ai failli y rester. C’était à l’issue d’un accident cérébral résultant d’un burnout sévère. J’ai vu le film de ma vie défiler devant mes yeux. À deux reprises ! Puis une conversation qui a changé ma vie : un dialogue avec une « Voix » sur une seconde chance. Non, je ne mourrai pas ce jour là.
Et puis j’étais de retour, avec mes douleurs, mes mensonges et mon identité hypocrite. « C’est quoi le bonheur ? » fut la première question que me suis posée.
Dans la check-list de l’homme qui avait (tout) réussi dans la vie, toutes les cases étaient cochées. Pour lui, le bonheur était dans le statut, la beauté, l’opulence, le patrimoine, la carrière, la reconnaissance, l’intelligence et la victoire du self-made man.
Dans la liste de l’homme que j’étais réellement… Aucune case n’était cochée. C’était un bilan de vie consternant. Un échec tonitruant dans un scénario idyllique aux couleurs de carte postale.
« C’est quoi le bonheur ? »
Un canapé, un plaid, le repos, un livre, mon chat et les gens que j’aime autour de moi.
Où était passée la piscine à débordement que je lorgnais ? Où étaient les voitures de luxe ? Et mon futur parcours de magnat à l’international ? Et le « club des CEO » dont je n’avais qu’à pousser la grande porte ?
Ils tapissaient simplement les murs de mes mensonges avec les histoires que j’avais bien voulu me faire croire.
Parce qu’en réalité, ce jour-là, sous le poids de mon bilan consternant, les réponses fusèrent, limpides et sans appel : le bonheur est simple et sans apparat.
J’ai vu de l’amour, du lien et du respect de soi. Le tout, sans condition. Tout était « déjà là », toujours, à portée de main.
Si mon bonheur me donnait l’impression de s’être fait la malle, c’était parce que je lui avais tourné le dos alors que, lui, n’avait jamais bougé d’un iota. Et pour justifier mon choix, pendant des années, je me suis dit :
« Oui, mais… »
Or, les « mais » perdent tout leurs sens quand la mort frappe à la porte. A cet instant, il ne reste plus que les bilans. Et quand ils ne sont pas à votre avantage, les « Oui, mais… » sont écrasés par une seule question :
Un lancinant « Pourquoi ? »
Et elle fait mal sous le poids de tous les « oui, mais… » qui n’auraient jamais dû exister.
Et vous ? Vous en êtes où avec les « oui, mais… » ?

Équilibre dans les déséquilibres
Plus de 15 ans se sont écoulés depuis ce jour-là. Et je cherche encore la réponse à toutes ces questions. Dire que je ne l’ai pas trouvée serait une sombre exagération, prétendre que j’ai craqué le code, une envolée lyrique et égotique. Le chemin se poursuit, la quête aussi.
Pourtant, il y a une chose essentielle que j’ai apprise. L’équilibre n’est pas dans la symbiose complexe de facteurs extérieurs à soi. Non. L’équilibre est beaucoup plus simple que ça. Et il n’a rien à voir avec un clivage vie pro, vie perso. L’équilibre est dans l’expression de l’être, totale ou partielle, mais sans concession.
Au début, l’équilibre est la somme de déséquilibres qui se compensent. C’est une illusion qui exige de toujours faire pour influencer ce rapport de forces contraires.
Après, il est, simplement, sans rien faire.
Dit autrement, il vous suffit d’être pour que tout soit à sa place.
L’équilibre n’est plus dans le faire compensatoire, il devient une présence apaisée où l’être prime et prédomine.
Mais le dire est plus facile que l’incarner, car « être » devient souvent une injonction exigeante, sertie de conditions, avec une checklist longue comme le bras : un nouveau bouquet de déséquilibres qui vous condamnent à être ET faire à la fois, compenser pour créer une illusion de l’équilibre. Voyez-vous le schéma infernal ? Quand vous comprenez que vous ne pourrez jamais rien faire pour trouver un équilibre. L’équilibre devient, car il a toujours été là. C’est vous, dans votre essence.
C’est le Saint Graal, que je ne connais qu’en théorie si j’en crois les dires des grands méditants avec lesquels j’ai eu le privilège de travailler (Stéphane Faure, mentor Konxus, étant l’un d’entre eux) : l’être dans la complétude accomplie de son essence. L’être qui existe dans une réalité éternelle et parfaitement juste qui transcende le temps et la matière. L’être dans un espace où tout est relié et à sa place, là où les voiles des illusions trompeuses se lèvent définitivement.
Ils appellent ça l’éveil. C’est peut être l’endroit depuis lequel la « Voix » m’a parlé. Quand j’en parle, je frissonne.
Du coup : équilibre vie pro, vie perso ?

Le problème n’est pas là
Croire que nous avons une vie pro d’un côté et une vie perso de l’autre est le début de la mascarade culturelle dans laquelle nous avons grandi en occident. Accepter un tel clivage c’est signer le contrat d’un déséquilibre notoire et chronique.
Pourquoi ? Parce qu’implicitement nous acceptons que le « perso », à savoir nous, notre vie et notre harmonie, soit différent du « pro » et c’est le début de la servitude volontaire.
À partir de cet instant, la voie royale est pavée pour que les « Oui, mais… » s’en donnent à cœur joie. Sinon, comment justifier que nous ayons une telle dissonance avec la source ?
C’est pour ces raisons que la vraie question qui se cache derrière tout ça est : êtes-vous réellement celui ou celle que vous êtes venu être ?