La carte n’est pas le territoire
La communication est aussi une question de partage de représentations.
Chacun a son bagage culturel, son expérience de vie, ses expériences professionnelles, son éducation, ses valeurs, sa religion, ses réseaux d’amis et de relations… et tout cela a pour conséquence que chacun porte ses propres lunettes avec ses filtres !
Chacun voit le monde avec ses lunettes. Chacun voit sa propre réalité.
La communication est l’élément qui se situe entre ces différentes représentations du monde et qui, à leur tour montrent l’importance de la communication. Elles expliquent en quoi une « simple » communication peut ne pas être suffisante à une compréhension.
Une « Communication en Conscience » signifie de regarder avec conscience, recul, son propre filtre.
Cela signifie aussi d’accepter le fait que l’autre ait aussi ses propres lunettes et ses propres filtres.
Communiquer en conscience peut signifier que chacun explicite ses filtres et ses lunettes.
Comprendre l’image de Boring : perception et interprétation visuelle

Que voyez-vous ? La vieille dame ou la jeune femme, ou les deux ?
Il faut réaliser, prendre conscience, rendre intelligible, palpable, que la communication peut être incomprise, déformée, problématique… il faut s’arrêter, regarder et observer.
L’explicitation est indispensable à ce partage de représentations.
La « conscience » c’est le fait de réaliser, de s’arrêter, d’observer ce qui se passe quand on communique. Suis-je compris ? Suis-je entendu ? Le résultat de ma communication correspond-il à ce que je souhaite ?
Souvent, c’est déformé, problématique, mal ou pas compris.
La conscience c’est prendre du recul, regarder ce qui se passe, mettre « pause » sur une situation.
La prise de parole est intéressante de ce point de vue. Elle a quand même pour objectif de transmettre un message, de communiquer quelque chose, des éléments, des avis ou des positions. Ces messages ont vocation à être compris par un public, autrui… En prise de parole, il est indispensable de s’arrêter après les messages clés, de faire silence et d’observer le non-verbal, l’acquiescement ou au contraire les signes de désaccord… l’observation est indispensable. Aussi, le silence fait partie de la communication en conscience (un paradoxe de plus !).
Premier outil pour communiquer en conscience : la conscience, le silence et l’explicitation !
Il n’y a pas 1000 façons de communiquer en conscience !
La métacommunication et la surcommunication peuvent être d’excellents outils. Mais… kézako !
La surcommunication est le fait de répéter, redire, insister, reformuler, expliciter… la surcommunication est indispensable dans le cas de message important à transmettre.
En fait la communication est communication si le message est reçu et compris. Donc l’émetteur doit s’assurer que le message est bien reçu et compris. Une boucle de rétroaction est nécessairement à mettre en œuvre. La surcommunication a pour objectif de s’assurer de cette boucle. Cela consiste à redire, parfois différemment, insister… La surcommunication peut parfois paraître comme un acte « obsessionnel » ou trop scrupuleux. Cela peut même être considéré comme un manque de confiance. Mais dans le cas de sujets importants ou stratégiques, d’autant plus quand la communication est destinée à plusieurs personnes, c’est un excellent outil.
Dans ma vie de dirigeant d’entreprise la surcommunication est indispensable.
Par exemple, dans le cas du lancement d’un projet, dire, redire, affirmer, réaffirmer, avec des formes différentes à chaque réunion d’équipe, pourquoi on lance ce projet, pour faire quoi, pour atteindre quoi… est indispensable. Mon expérience m’a montré, parfois avec grande surprise, que des membres de mon équipe semblaient « découvrir » après quelques réunions le sujet… alors même que nous en avions parlé plusieurs fois.
Le rythme de compréhension, d’appréhension, d’intégration du message est différent selon chaque personne.
J’ai beaucoup d’exemples : rappeler la raison pour laquelle on a regroupé des établissements de santé. Je crois que je l’ai exprimé des dizaines de fois aux mêmes personnes et parties prenantes internes. Peu de regroupements, de réunions ne se déroulaient sans que ce sujet ne soit abordé, répété.
Réexpliquer les rituels managériaux, qui paraissent toujours « étranges » pour certaines personnes de mon équipe (pourquoi est-ce important de faire une inclusion, en quoi les temps de réflexivité sont importants…), est toujours après des années de pratiques avec la même équipe un moment indispensable.
J’ai conscience que la surcommunication peut paraître obsessionnelle. Là aussi, ma réponse est l’explicitation et aussi l’humour ou l’autodérision.
La métacommunication est très puissante. Elle consiste à communiquer sur la communication. Et donc à expliciter ce que je vois, ce que je ressens sur ce qui se passe au moment de la communication.
C’est donc communiquer sur la façon de communiquer ! Il s’agit sans aucun doute de l’élément le plus puissant et le plus « intégratif ».
Je communique, je fais passer un message. J’ai conscience des représentations différentes possibles (cf. plus haut). Je surcommunique pour m’assurer que le message est compris et reçu. La métacommunication va m’apporter par le temps de réflexion pris, d’explicitation sur la façon de communiquer, une garantie plus grande de compréhension voire d’adhésion.
Si je reprends mon exemple ci-dessus : expliquer, voire réexpliquer les rituels managériaux. Métacommuniquer sur ce sujet va consister à poser le fait qu’en réabordant une fois de plus ce sujet aux mêmes personnes, j’ai l’impression de tourner en rond, que cela montre autre chose, peut-être un problème d’adhésion, une résistance.
Poser cela a déjà permis à mes collaborateurs de poser leur problème sur ce type d’exercice, de poser des limites sur lesquelles ils étaient moins à l’aise (je pense à des exercices d’inclusion trop personnels par exemple).
Ce temps de métacommunication permet, par une explicitation, un temps de régulation. Il permet aussi de nouveaux consensus entre les raisons qui me poussent à engager ces processus et les limites que certains posent. Pour finir, métacommuniquer sur ce sujet m’a permis d’avoir des moments d’inclusion plus puissants, car plus inclusifs. Les réunions de comité de direction sont alors plus efficaces !

En conclusion…
Communiquer en conscience est un sacré challenge quotidien qui nécessite une attention de chaque instant : attention à soi et attention à l’autre, aux autres.
La communication en conscience renforce ainsi l’impact managérial et le leadership.