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No Bullshit, ou la science du pragmatisme

Iker Aguirre
Co-fondateur de Konxus Media. Dirigeant d’entreprise depuis bientôt 30 ans, il cultive une passion pour le potentiel humain et l’entreprise. Conférencier international, il œuvre pour remettre l’humain au centre de l’entreprise et pour une performance épanouie avec un impact humain, conscient et responsable.

Si vous souhaitez écouter l’article en version audio :

Vous voulez atteindre vos objectifs, devenir efficace, efficient et avoir le sentiment d’avancer ?

Voici ce que vous dit la science pour créer votre réalité, avec bon sens, pragmatisme et un peu d’huile de coude.

L’immense majorité des personnes échouent non pas à cause d’un défaut de compétences mais d’un manque de consistance et de régularité. Iker Aguirre

Ce qu’il
faut savoir

Ce qu'il faut savoir

Têtu comme une mule

Stanford University

Dans le monde, il y a ceux qui sont campés sur leurs certitudes et puis il y a ceux qui se remettent souvent en question. Ces deux postures portent un nom pour les scientifiques de l’Université de Stanford et, en particulier, les équipes de Carol S. Dweck. La première posture concerne ce qu’ils appellent la « mentalité fixe » et la deuxième la « Mentalité de croissance ».

On pourrait croire que là est la distinction entre les têtes de mule et les autres, mais pas du tout…

Tout se joue à l’enfance et ces mentalités seraient le résultat de notre éducation. Merci papa, merci maman !

La mentalité fixe serait le résultat d’enfants qui ont appris à agir en réponse à la peur, à des limites artificielles et à la volonté première d’éviter l’échec. D’après l’étude, ceci mènerait, chez les adultes, à limiter l’apprentissage, augmenter le niveau d’abattement, réduire les efforts positifs, des résultats moins spectaculaires, s’imposer plus de limites dans la vie, le travail et sa carrière et, pour finir le gros lot, moins de potentiel exprimé. Bref, un sacré cocktail pour une VDM…

A l’inverse, la mentalité de croissance apporterait des effets bénéfiques mesurables et d’ordre inverse à ceux décrits plus haut.

Cela dit, si vous êtes de ceux qui ne changent pas facilement d’avis ou qui ne se laissent pas facilement convaincre (c’est à dire un pro de la « mentalité fixe »), n’ayez crainte : ça se soigne !

 

S’il est vrai que nous avons tous une mentalité dominante, d’après Carol S. Dweck, suivant le parcours et les expériences de vie du moment, nous basculons d’un modèle à l’autre. Aussi, une fois identifié un mode de fonctionnement, il est possible de changer sa structure de base et créer une nouvelle habitude qui perdure et qui change la donne durablement. Adieu la mentalité fixe !

Il s’avère que les personnes qui restent campées dans leurs certitudes ont moins tendance à voir les opportunités. Elles refusent le changement et la remise en question. Ceci les cloître dans des certitudes qui, avec le temps, sentent le renfermé et se font dépasser par d’autres personnes qui osent des sentiers alternatifs. Avec le temps, ces personnes sont dans l’incapacité de créer de nouvelles réalités et deviennent des virtuoses de l’optimisation. Or, quand un système ne marche plus, vous avez beau l’optimiser, vous n’obtenez qu’un système qui ne marche toujours pas… mais mieux.

Mais attention, ne faites pas fausse route ! Savoir où l’on va et avoir les idées claires n’a rien à voir avec la mentalité fixe ! Et c’est très compatible avec une mentalité de croissance.

Du coup, avant de lire la suite de cet article, voire du restant du magazine, posez-vous cette question :

Avez-vous tendance à répondre « non » aux suggestions nouvelles, à ne pas aimer le changement, à agir pour éviter le risque plutôt que saisir les opportunités ?

Êtes-vous de ceux ou celles qui répondent surtout par des « Oui, mais » et vous vous réjouissez d’être quelqu’un difficile à convaincre ?

Si la réponse à ces questions est « oui » votre vie, votre carrière sont probablement loin d’être celle qu’elles pourraient réellement être…

La question devient alors : à ce jour, êtes-vous vraiment satisfait de vos résultats ?

Car vous avez la possibilité de créer une nouvelle réalité si ce n’est pas le cas. Et voici quelques suggestions pour vous aider à y parvenir.

 

La clé est dans la concentration

Université de Stanford, 2009

Parmi ceux d’entre-vous qui sont adeptes à la gestion du temps, vous avez probablement entendu parler de la fameuse histoire des Gros Cailloux et des Grains de Sable. C’est un grand classique qui a éclairé plus d’un esclave des agendas surchargés.

En bon scientifique, le Professeur Clifford Nass, de l’Université de Stanford, a voulu prouver pourquoi, pour s’occuper de ses gros cailloux si l’on veut aboutir à quelque chose dans sa vie, il est essentiel de s’éloigner de tous les empêcheurs de tourner en rond, !

Pour ceux qui ne le savent pas, un Gros Cailloux est une tâche importante et essentielle que vous avez à accomplir. Si elle avance, vous, votre entreprise et vos projets se porteront mieux. Parfois même, il est même question de survie. Ça, c’est du gros caillou !

Pourtant, combien de fois vous êtes-vous juré de vous occuper de vos Gros Cailloux et, en fin de journée, vous vous êtes retrouvé, plongé dans la frustration parce que vous n’avez rien pu faire ou que le dossier stagne encore au stade 0,5 ?

Il y a trois types de personnes face aux Gros Cailloux.

Il y a ceux qui procrastinent… On ne s’occupe pas d’eux aujourd’hui car la seule réalité qu’ils créent est celle d’une vie stressante sertie de résultats le plus souvent approximatifs.

Ensuite, il y a ceux qui se retroussent les manches et attaquent de front leurs Gros Cailloux en même temps que le restant de leur journée et/ou sollicitations. Quand ils arrivent à bout de leurs objectifs, c’est très souvent au prix de très grands efforts. On va les classer dans le groupe A.

Et il y a ceux qui sont des pros du Gros Cailloux, qui s’enferment à double tour, disparaissant de la surface de la terre pendant quelques heures, pour ressortir de là un Gros Cailloux en moins, prêts à faire face au reste de la journée. Ce sont les Ninjas de la Gestion des Priorités. On va les classer dans le groupe B.

Les chercheurs de Stanford ont prouvé que dans la vie du groupe A, qui se dit accessible (« La porte de mon bureau est toujours ouverte », « Je suis joignable 24/24. »), dès que l’on s’attaque à un Gros Cailloux, on est interrompu en moyenne une fois toutes les 11 minutes ! Si vous cumulez le nombre d’interruptions et vous additionnez leur durée moyenne, ils estiment que… 1/3 de la journée part en fumée ! Le prix à payer est immense !

Lors de chaque interruption, la personne du groupe A doit décrocher de son travail. Elle reconnecte alors avec le dossier concernant l’interruption. Ensuite, il faut interagir, clôturer, revenir à son travail initial, se concentrer à nouveau et rattaquer le boulot en cours.

C’est une gymnastique éreintante qui mène à de nombreuses erreurs et à des dossiers qui n’avancent pas ! Le cerveau a besoin d’espace pour performer et, cet espace, il ne le trouve pas !

La personne du groupe B, par contre, s’isole pendant un temps déterminé, prévient son entourage et établit les règles du jeu : 0 interruptions sauf en cas d’extrême urgence. Elle définit ce qu’est une extrême urgence et la façon de la contacter le cas échéant. Le cadre étant posé, la paix peut régner pendant ses plages de travail à haut rendement.

Ainsi, le Professeur Clifford Nass a mesuré que dans le groupe A il y a plus de stress, plus d’erreurs, moins d’efficience et des résultats moins satisfaisants. Dans le groupe B, par contre, les personnes ont plus de temps libre, plus de clarté mentale, plus de résultats et un net sentiment de satisfaction face au travail accompli.

 

 

Gros cailloux, oui mais le matin !

Stanford School of Business et Université de Negev

J. Levav, L. Aifnam-Pesso et S. Danziger sont des scientifiques qui ont étudié l’impact de la fatigue sur les décisions importantes qui exigent concentration et volonté. Pour cela ils ont étudié les verdicts de jurés lors de journées très longues avec un nombre très élevé de cas à traiter et des sessions très courtes d’audience. Chaque audience était unique, souvent avec des degrés de complexité élevés et des enjeux importants (condamnations, parfois prison ferme).

Les scientifiques ont constaté que, le matin, les jurés avaient plus de facilité à appréhender les cas et à prendre des décisions plus nuancées. L’après-midi, ils avaient tendance à tomber dans un schéma plutôt standard et répétitif : au moindre doute, les condamnations étaient plus facilement prononcées, sans aller chercher des nuances.

De leurs observations, les scientifiques ont conclu qu’au-delà d’un certain degré de fatigue, le cerveau se mettait en mode « par défaut ». Dans le cas de jurés concernés, ce mode était celui d’un classement rapide du problème avec une tendance à la condamnation des accusés. Et à quoi était due une telle fatigue ? Le bon sens voudrait nous faire croire que la faute est aux journées à rallonge mais pas du tout. La faute est au nombre de décisions prises ! Au-delà d’un certain nombre de décisions importantes, les jurés basculaient vers des schémas décisionnels « par défaut ». Pourquoi ? Parce que pousser l’analyse exigeait un effort de volonté trop important. Et la volonté avait été largement érodée en amont, par un nombre trop important de décisions importantes. Dit autrement, plus vous voulez bien faire, avec attention et minutie dans la prise de vos décisions, plus vous exigez à votre cerveau et plus vous vous fatiguez.

Poussant plus loin cette analyse, Walter Mischel, à Stanford, a prouvé que plus votre « stock de volonté » est grand, plus vous avez de succès dans la vie et dans votre carrière. Or, le nombre de décisions prises par jour influençant fortement ce dernier, il devient essentiel de mettre en place une « stratégie de consommation de volonté » ! Ainsi, les plus grands succès étaient enregistrés parmi des personnes qui prenaient toutes leurs décisions importantes… le matin ! Quand les stocks de volonté sont à leur maximum.

Grâce à ça ils s’assuraient une présence pleine aux problèmes pour des choix fins, avisés et sensibles, attentifs à toutes les nuances essentielles. Rien n’était laissé au hasard et surtout pas au « mode par défaut » qui, trop souvent, agit sous la tutelle de la peur, plutôt que du bon sens de vos intérêts stratégiques.

 

 

 

Vous voulez la Lune ? Allez-y par petits pas.

American Journal of Physics, 1983

Nous avons tous des objectifs immenses que nous voulons atteindre en un minimum de temps. On se sent pousser des ailes et on se dit que tout est possible !

« On va y arriver ! »

Et après, la vie fait le reste.

L’équipe de scientifiques s’est intéressée à l’effet domino ou comment une pièce de domino qui tombe fait tomber la suivante pour, ainsi de suite, créer une réaction en chaine. Mais les conditions de jeu étaient particulières. Le premier domino de la série mesurait deux pouces (soit 5,08 cm). Ils ont ensuite calculé qu’un domino peut faire tomber un autre si ce dernier était jusqu’à 50% plus grand. Ils se sont alors amusés à construire des dominos 50% plus grands les uns que les autres avec, pour idée, de les mettre à la file indienne et de s’amuser comme des enfants.

Mais le jeu n’a pas duré.

Le premier domino avait beau être rikiki, le dixième mesurait presque deux mètres ! Du coup, le reste de l’expérience s’est fait un stylo à la main.

Et voici les résultats :

Le 24ème domino atteignait la taille de la Tour de Pise, à 57m. Le 28ème domino était à peine 12 mètres plus petit que la tour Eiffel. Le 37ème domino dépassait l’Everest de 2248m et le 63ème la Lune de 35000 km !

Transposez cela à votre travail maintenant. Chaque jour, un pas de plus mais toujours pour déployer le travail effectué la veille. Chaque jour, un pas : sans dispersion, vous effectuez un travail cohérent, congruent et aligné.

Ensuite, vous intégrez un facteur de développement. C’est l’équivalent de faire, aujourd’hui, un domino plus grand que la veille.

Au début, tous les efforts viendront de vous mais, sitôt que le projet prendra une certaine ampleur vous serez (dans la presque totalité des cas) obligé de faire appel à d’autres personnes. C’est là que la logique arithmétique se met en place. Et qu’atteindre la Lune n’est plus une utopie. Augmenter de x% le travail accompli la veille devient possible. Le tout sans jamais vous mettre la rate au cours bouillon.

L’immense majorité des personnes échouent non pas à cause d’un défaut de compétences mais d’un manque de consistance et de régularité. La consistance est de ne jamais lâcher la régularité, et d’agir tel un métronome avec un tempo prévisible et non pas par coups de collier suivis de périodes où il ne se passe rien.

Chaque jour un pas, aussi petit soit-il. Chaque jour un pas qui développe par-dessus ce qui a déjà été fait. Chaque jour un pas qui va plus loin que la veille. Et en très peu de temps, vous aurez atteint l’impossible. L’impossible devient possible. Vous avez créé une nouvelle réalité.

 

 

Un agenda de dominos

Université du Bon Sens Paysan

Combien de fois avez-vous donné à vos équipes des objectifs à atteindre qui n’ont jamais été atteints ? Combien de fois vous ont-elles dit, pour le justifier, qu’ils étaient « impossibles » ?

Oui, autant que ça nous déplaise, nous avons tous vécu ça des centaines de fois !

Pensez-vous que vos objectifs étaient

« Impossibles » ? Non, bien sûr !

Est-ce vos équipes qui ont tort alors ?

Réfléchissez bien avant de répondre…

Car si vous alliez répondre « oui » à cette question, c’est vous qui auriez eu tort…

Un objectif devient impossible a atteindre quand l’ampleur de la tâche nous dépasse. Démotivation, jeté d’éponge, dispersion… On en a déjà parlé. Du coup, si vous voulez que vous et vos équipes atteigniez l’impossible, vous devez le rendre digeste. Pour cela, remplissez vos agendas de dominos à taille humaine.

Je m’explique.

Prenez un objectif annuel. Un seul et ce sera déjà énorme si vous l’atteignez. Ce sera votre Saint Graal.

Divisez-le en quatre sous-objectifs séquencés. Ils deviennent vos objectifs trimestriels. Divisez chacun d’entre eux en trois sous-sous-objectifs, toujours linéaires, c’est à dire qu’ils se suivent dans le temps. Vous avec des objectifs mensuels. Prenez l’objectif du premier mois, divisez-le en quatre. Vous avez des objectifs hebdomadaires. Prenez l’objectif de la semaine prochaine, divisez-le en éléments clés de sa réussite. Vous avez vos Gros Cailloux pour la semaine. Divisez chaque Gros Cailloux en étapes et évaluez le temps nécessaire à chacune d’entre elles.

Transposez tout ça dans votre agenda.

 

Ça ne rentre pas ?

Vous êtes trop optimiste, vous n’y arriverez pas. Revoyez les objectifs, les étapes et les temps nécessaires. Actualisez l’agenda.

 

Ça rentre ?

Alors arrêtez de vous prendre la tête et commencez le travail, vous avez un objectif à atteindre !

Une semaine après l’autre vous saurez si vous êtes dans les clous. Vous serez alors en mesure de faire des ajustements en temps réel, d’une semaine sur l’autre, sans jamais tomber dans le stress de constater, quand il est trop tard et que vous n’atteindrez jamais votre objectif.

Semaine après semaine vous vous imposerez des objectifs atteignables et, même si vous savez que vous voulez atteindre la lune, vous vous contenterez de ne faire et de ne penser qu’au petit pas qui s’impose cette semaine.  Et ainsi, un pas après l’autre, vous atteindrez la Lune, Mars et de nouvelles galaxies !

C’est simple à dire, simple à décrire mais 95% des leaders et des salariés sont incapables de tenir cette routine.

Pourquoi ?

Essayez de comprendre…

Et pour cela retenez juste cette définition du leadership :

« Un leader est celui qui sait mener une équipe à atteindre un résultat partagé. »

Le ciel pour limite. Une question de petits pas… et de leadership avisé.

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