Dialogue avec Laurent Gounelle (1/3) : écrivain, humaniste, transformateur
Laurent Gounelle explique que l’intuition est une capacité universelle, que chacun peut développer en dépassant le mental et en écoutant son corps. Dans un monde où le matérialisme atteint ses limites, elle devient une clé pour retrouver sens, magie et spiritualité au quotidien.
C’est une rencontre toute particulière. Celle de Laurent Gounelle, l’un des auteurs français les plus traduits dans le monde, un homme qui ne se contente pas d’écrire mais qui transmet une part de son cœur dans chacun de ses livres. À l’occasion du Sommet Les Dimensions de la Conscience, le 31 janvier 2026 à Paris, il interviendra sur le thème de l’intuition, nous invitant à repenser notre rapport à la vie, à dépasser le matérialisme et la superficialité, et à retrouver sens, magie et spiritualité dans notre quotidien. Une intervention inspirante pour tous ceux qui souhaitent explorer leur potentiel et se reconnecter à ce qui compte vraiment.
Ce qu'il faut savoir
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Ce qu'il faut savoir
Iker : Nous sommes très heureux de vous retrouver aujourd’hui pour une rencontre toute particulière avec Laurent Gounelle, l’un des auteurs français les plus traduits dans le monde.
Nous nous sommes rencontrés à l’occasion du Sommet Les Dimensions de la Conscience, qui aura lieu le 31 janvier 2026 à Paris, où tu interviendras sur le thème de l’intuition.
Alors quand tu parles d’intuition, quel regard portes-tu dessus et comment la vis-tu ?
Laurent : Écoute, moi d’abord j’ai envie de dire en préambule que je suis de culture scientifique, de par mes parents et par ma formation initiale, donc plutôt rationnelle à la base. On a surtout développé mon cerveau gauche, avec une posture parfois sceptique face aux phénomènes inexpliqués.
Donc si tu m’avais parlé d’intuition il y a encore dix ans, même si j’utilisais volontiers le terme de temps en temps, j’aurais eu de gros doutes. Je t’aurais dit que l’intuition, c’est une façon élégante de désigner le hasard ou des coïncidences. Je n’aurais pas cru que ça existait réellement, en tout cas pas au sens où le définit le dictionnaire.
Si on ouvre aujourd’hui le Robert ou le Larousse, on lit que l’intuition est un accès direct et immédiat à une vérité. C’est très fort. Cela signifie un accès sans passer par nos cinq sens. Une information qu’on ne peut ni voir, ni entendre, ni sentir, ni toucher, ni goûter, et qu’on peut pourtant capter.
Concrètement, cela peut être un objet caché dans la pièce à côté, ou un événement en train de se dérouler à l’autre bout du monde. Il n’y a aucun moyen que l’information nous soit transmise, et pourtant on en capte des éléments. C’est ça, l’intuition.
Et c’est vrai que si on m’avait dit ça il y a dix ans, j’aurais eu beaucoup de mal à y croire. Après, ce qui s’est passé…
Iker Aguirre : Qu’est-ce qui a provoqué ce basculement pour toi ?
Laurent : Une rencontre.
Je donnais une conférence à Paris, il y a peut‑être huit ou neuf ans. À l’issue de la conférence, un inconnu vient me voir. Il me dit : « Je m’appelle Alexis Champion, j’ai un institut qui s’appelle l’Institut IRIS, qui forme à l’intuition, et plus spécifiquement à une méthode appelée le remote viewing, littéralement la visualisation à distance. »
Il m’explique qu’il est spécialiste de cette méthode et me propose de me former gracieusement, en tête‑à‑tête, pendant trois jours.
Je ne connaissais pas cet homme. J’avais simplement lu un article sur le remote viewing dans une revue sérieuse, donc je savais que ça existait, ce qui m’interpellait. Mais quand un inconnu vient vous voir dans un lieu public et vous propose de passer trois jours ensemble, on reste sur la défensive.
J’ai donc décliné, d’autant que j’avais un agenda très chargé.
Sauf qu’il est revenu me voir trois mois plus tard avec la même proposition. Et là, j’ai accepté. J’ai réservé un lieu, pour garder un cadre, et nous avons passé trois jours ensemble. Il m’a initié à cette méthode.
Je vais en faire une version courte, sinon il me faudrait une heure.
Cette méthode a été développée par un scientifique américain, un physicien nommé Harold Puthoff, dans les années 70, à l’université de Stanford, au Stanford Research Institute. Il a mené les premières recherches et publié les premiers travaux scientifiques.
Très vite, la CIA est venue le voir et lui a proposé de financer ses recherches. Le programme est devenu classé secret défense, le laboratoire a quitté Stanford, et le Congrès américain a alloué plusieurs millions de dollars à ce projet, pendant vingt‑cinq ans.
Ces recherches ont abouti à la mise au point de cette méthode de remote viewing, qui permet d’accéder sur commande à son intuition.
À l’origine, ils sont partis d’un artiste qui semblait avoir un don : on pouvait lui cacher un objet dans une pièce à côté, et il le décrivait avec une grande précision. Les scientifiques ont cherché à comprendre comment il faisait, puis à modéliser cette capacité pour former d’autres personnes.
La CIA a alors formé des militaires pour identifier des cibles stratégiques, notamment pendant la guerre froide. Il y a eu des cas très précis, comme la description d’un sous‑marin russe totalement inédit, que personne ne croyait possible… jusqu’au jour où il a effectivement été mis à l’eau.
Aujourd’hui, cette méthode est tombée dans le domaine public, et on peut s’y former. Alexis Champion m’a formé.
Et moi, avec ma posture très scientifique, très sceptique au départ, je suis littéralement tombé de ma chaise quand j’ai compris que j’étais capable, comme tout le monde, de décrire précisément un lieu, un objet caché ou un événement à l’autre bout du monde.
Ça a complètement bouleversé ma vision et ma compréhension du monde.
Iker : Est-ce que le scepticisme est un frein, ou bien la méthode fonctionne quoi qu’il arrive ?
Laurent : Oui, la méthode est très exigeante. C’est un protocole très structuré, très long et assez fatigant à mettre en œuvre. Elle est à l’épreuve du scepticisme, sans aucun problème.
En revanche, il m’arrive de proposer autre chose, comme je le ferai d’ailleurs le 31 janvier avec le public de la conférence. Je conduis les gens à travers une exploration intuitive d’un lieu mystère. Je prends un lieu mystère et je leur pose des questions très ciblées, qui vont activer leurs sens. L’intuition se manifeste corporellement et utilise nos sens comme vecteur.
Je pose donc des questions bien ciblées pour les amener à entrer en contact avec leur intuition. Mais je n’applique pas la méthode. Pourquoi ? Parce que rien que pour former à la première phase de la méthode, quand on comprend six ou sept étapes, il me faudrait trois heures. Ce n’est pas possible en conférence.
Et néanmoins, ils parviennent à capter des choses. Pourquoi je te dis ça ? En réponse à ta question : si quelqu’un vient à la conférence sans y croire du tout, comme je n’applique pas la méthode, il se coupe en effet de sa capacité.
Au-delà de la méthode, nous avons pourtant tous cette capacité. Et c’est vrai pour tout le monde dans la vie courante. Je pense que c’est déjà arrivé à toi, Iker, ou à toi, Virginie, de penser à un ami et, hop, le téléphone sonne. Je ne parle pas de votre maman qui appelle tous les jours, mais d’un ami dont vous n’aviez pas de nouvelles depuis un certain temps.
Ça, c’est l’intuition. Vous avez capté l’information de l’appel avant même que le téléphone ne sonne. Ça arrive à tout le monde, sauf à ceux qui n’y croient pas. Si vous dites : non, c’est impossible, à ce moment-là vous ne captez rien.
En réalité, ce n’est pas que vous ne captez rien : c’est que vous vous coupez de vos ressentis corporels et de votre conscience, et que vous n’en faites rien.
Virginie : Ce que tu dis, c’est qu’il y a une part innée, mais aussi quelque chose qui se travaille ?
Laurent : Oui, l’intuition, c’est une capacité naturelle, on l’a tous, surtout les enfants. Pourquoi les enfants ? Parce qu’ils ont beaucoup moins développé leur mental avant l’école. Plus on développe notre mental, moins on se connecte facilement à l’intuition. Le mental est le pire ennemi de l’intuition.
Sauf cas exceptionnel, comme l’exemple que je donnais de l’ami auquel on pense, l’information vient généralement de manière dénuée de sens et sensorielle : couleurs, formes, odeurs, ressentis, émotions… plein d’éléments qui n’ont pas de sens.
Et comme l’humain a besoin de sens, il interprète. Et quand on interprète ces éléments sensoriels issus de l’intuition, on se trompe presque toujours.
Donc pour bien intuiter, il faut débrancher le mental, accepter de ne rien comprendre à l’information qui arrive. Ce n’est qu’ensuite qu’on peut utiliser le mental pour décoder : « qu’est-ce que j’ai capté ? qu’est-ce que ça peut être ? »
(c) Gwenael Saliou HD
Iker : Je comprends que le mental peut nous enfermer dans la réflexion rationnelle. Au‑delà, tu parles d’une attention plus vaste, qui passe par les cinq sens et une présence à l’instant. Est-ce que cette perception est liée à un sens particulier (kinesthésique, visuel…) ou chacun découvre-t-il sa propre “porte d’entrée” ?
Laurent : Exactement. Oui, son vecteur d’intention.
Ce que chaque personne a à découvrir, c’est la zone de son corps où ça se manifeste par des micro-mouvements. Les recherches montrent que l’information arrive et se manifeste dans notre corps sous forme de petites vibrations, et ça peut être n’importe où. Moi, c’est beaucoup dans mon ventre. Pour d’autres, ça peut être dans les mains, ou même dans les cils.
La méthode permet de faire passer l’information de ces micro-mouvements vers nos sens pour que jaillissent des images, des sons, des odeurs ou des sensations. Mais à la base, ça se manifeste toujours dans le corps par des micro-mouvements dont on n’a pas forcément conscience.
Iker : Tu ne trouves pas que, depuis une dizaine d’années, des pratiques comme la méditation et la pleine conscience ont explosé, passant d’approches laïques et contemplatives peu reconnues à des méthodes étudiées scientifiquement, avec même des pratiques comme le remote viewing aujourd’hui déclassifiées ?
Sur cette toile de fond, ne sommes-nous pas en train de vivre un véritable point de bascule, un changement de paradigme où l’humain s’ouvre à quelque chose de beaucoup plus vaste, une nouvelle terra incognita de nos capacités et de la conscience ?
Laurent : Écoute, ta remarque est vraiment très pertinente, parce que la France est à la fois la patrie de Descartes et un pays qui a connu la Révolution il y a deux siècles, une révolution qui nous a permis de nous libérer d’un certain obscurantisme d’origine religieuse. Mais on a peut-être jeté le bébé avec l’eau du bain.
Aujourd’hui, la France est devenue un pays très majoritairement athée, mais pas au sens scientifique du terme. Un scientifique honnête dit : je ne sais pas. Je ne sais pas si Dieu existe, s’il y a une vie après la mort, si la conscience dépend du cerveau.
Un athée, lui, est dans une croyance, exactement comme une croyance religieuse. L’athéisme est une religion comme une autre, la religion du néant. Ce n’est pas une moquerie de ma part, parce qu’on ne sait pas qui a raison. Mais c’est important d’en prendre conscience.
À partir des Lumières, on a rejeté tous les phénomènes qu’on ne savait pas expliquer, même lorsqu’on pouvait les constater. Et on le voit encore aujourd’hui : il y a des sujets que certains scientifiques évitent. Un médecin est très mal à l’aise lorsqu’on l’interroge sur les EMI. Comment expliquer qu’un grand-père dans le coma se réveille en étant capable de décrire ce qui se passait dans la pièce à côté ? Ils ne savent pas l’expliquer, alors ils évitent le sujet.
Heureusement, de plus en plus de scientifiques s’ouvrent à ces phénomènes inexpliqués et acceptent qu’il puisse exister des explications autres que celles que la science peut fournir aujourd’hui, et qui sont d’ordre spirituel.
Il y a trois mois, j’ai coanimé une conférence avec un médecin anesthésiste, Baptiste Vallet, à l’hôpital de Bordeaux. Il racontait qu’un matin, en allant au bloc opératoire, une infirmière anesthésiste lui dit : ce patient, je ne le sens pas. Cette formulation est très intéressante, parce qu’on l’utilise tous : je le sens ou je ne le sens pas.
Il arrive au bloc, voit le patient, et ressent exactement la même chose. Ils font tous les examens, tout est normal. Mais au moment de piquer, le bras devient immédiatement bleu, puis l’autre bras aussi. Ils arrêtent tout, refont les examens, et découvrent une grave maladie de coagulation. S’il avait été opéré ce jour-là, il serait mort.
Heureusement que l’infirmière et le médecin ont écouté leur intuition. C’est un exemple typique d’intuition. Et le fait qu’un médecin raconte cela aujourd’hui, publiquement, dans un congrès de médecine, montre que de plus en plus de scientifiques osent aborder ces sujets et s’interrogent sur la conscience.
Qu’est-ce que la conscience ?
Jusqu’à présent, les scientifiques disaient qu’elle émerge du cerveau, qu’elle apparaît à un certain niveau de complexité neurologique. D’accord. Mais si c’est vrai, comment expliquer l’intuition ? Comment expliquer que la conscience capte des informations sur un événement qui se déroule à 20 000 kilomètres ?
Comment expliquer les EMI, ou qu’un aveugle de naissance, dans le coma, vive une EMI, voie pour la première fois de sa vie son corps, décrive les médecins, les infirmiers, et même ce qui se passait dans la pièce à côté ?
Si la conscience est uniquement dans la boîte crânienne, comment l’expliquer ?
C’est pour ça que dès qu’on parle d’intuition, on arrive très vite au spirituel.
Iker : En France, la spiritualité s’est beaucoup diluée et se vit souvent de façon expérientielle, dans le corps. Peut-on, par cette approche, découvrir la transcendance par un chemin alternatif, plus accessible aujourd’hui au plus grand nombre ?
Laurent : Mais cette évolution que tu décris très bien peut avoir plusieurs origines. Elle peut venir d’une expérience, comme celle que moi j’ai vécue avec l’intuition et que je vis maintenant au quotidien, puisque j’utilise mon intuition tous les jours.
Elle peut venir aussi du fait qu’on est arrivé au bout d’un modèle, pour ne pas dire au bout d’un système. L’athéisme a conduit à une société ultra‑matérialiste, au sens philosophique du terme. Beaucoup de gens ont cru, ou croient encore, que la vie n’est que matière.
Un être humain serait alors simplement un assemblage d’atomes, de molécules, d’organes, puis le corps… et rien d’autre. Et à la mort, tout disparaît. C’est fini.
Cette vision purement matérialiste de la vie a conduit à un mode de vie dont on voit aujourd’hui clairement les limites. Des limites environnementales, bien sûr : la planète ne suffira pas si tout le monde adopte ce mode de vie.
Mais au‑delà de ça, ce modèle atteint ses limites parce que ceux qui accèdent à un certain niveau de consommation matérielle réalisent la vacuité de la chose. Quand on a une voiture, un logement, et de quoi satisfaire une bonne partie de ses désirs matériels, on réalise qu’il manque quelque chose, et même que ça n’apporte rien. Avoir une voiture de plus ne rend pas plus heureux.
De plus en plus de gens comprennent que la vie ne peut pas se résumer à ça. Le modèle matérialiste du monde nous conduit à croire que le sens de la vie, c’est de consommer du plaisir. D’où la course à l’argent, puisque l’argent permet d’acheter des plaisirs.
Ce sont notre vision du monde et notre perception du sens de la vie qui conduisent à l’argent et à la consommation de plaisir. Et ceux qui y ont accès comprennent très vite que ce n’est pas satisfaisant, qu’il y a autre chose.
Je pense donc qu’aujourd’hui les gens ont de plus en plus besoin d’un peu de magie. Le renouveau de la spiritualité s’est aussi accéléré en France avec l’effondrement du système. L’État est en faillite — ce n’est pas moi qui le dis.
Le système est arrivé au bout. Beaucoup de gens comprennent qu’il ne durera pas éternellement et qu’il va peut‑être falloir compter sur autre chose pour donner du sens à leur vie. Il y a une morosité ambiante, une forme de dépression collective, particulièrement perceptible dans les grandes villes.
Et cela accentue ce besoin de spiritualité. Les gens se disent : j’en ai assez de cette vie matérielle qui mène nulle part. Il y a donc une aspiration très forte à davantage de sens, à un peu de magie dans nos existences.
C’est là, je crois, que la spiritualité a toute sa place.
(Extrait de l’interview menée dans le cadre du sommet Les Dimensions de la conscience, qui aura lieu le 31 janvier 2026 à Paris.)
Points clés
Points clés
Si nous ne devions garder que 4 idées fortes de cette rencontre avec Laurent Gounelle :
L’intuition, une capacité universelle Laurent rappelle que l’intuition permet d’accéder à une information au‑delà des cinq sens. Elle se manifeste dans le corps par des micro-mouvements et peut être cultivée, le mental étant souvent un frein.
Basculement personnel et scientifique Sa rencontre avec Alexis Champion et le remote viewing lui a permis de constater que tout le monde peut percevoir des lieux, objets ou événements à distance, validant ainsi l’intuition.
Changement de paradigme Après des siècles de rationalisme et de matérialisme, un besoin de sens et de spiritualité émerge. Les pratiques comme la méditation ou l’exploration intuitive participent à cette ouverture.
Spiritualité et quête de sens Face aux limites du matérialisme et à la crise des systèmes, les gens aspirent à retrouver équilibre, magie et sens dans leur vie, et l’intuition est une clé pour y accéder.