Gestionnaire du centre de relation clients EMAN qui veut dire « donner » en basque. Et c’est la première entreprise adaptée du Pays basque.
Gestionnaire du centre de relation clients EMAN qui veut dire « donner » en basque. Et c’est la première entreprise adaptée du Pays basque.
En 2020, Michel touche le fond.
Son quotidien d’acheteur en grande distribution n’a plus de sens. Il ne s’y reconnaît plus, perd l’alignement, l’envie, l’élan. Le burn out s’impose comme un cri intérieur que plus rien ne peut faire taire.
Et comme si cela ne suffisait pas, un diagnostic tardif vient bouleverser sa vie personnelle : sa fille, Elisa, à peine âgée de 20 ans, est diagnostiquée TSA – trouble du spectre autistique.
Le mot tombe comme un couperet. Une étiquette brutale, mal comprise, qui l’enferme. Elle se replie. Elle s’éteint. Pendant cinq longues années, elle se coupe du monde.
Michel encaisse… puis craque, mais refuse de s’effondrer. Il transforme sa colère en moteur. Sa douleur en quête.
Il décide de comprendre. D’apprendre. De creuser sans relâche le sujet du handicap, de l’autisme, de l’inclusion. Ce n’est plus une crise, c’est une renaissance.
Petit à petit, Michel redonne du sens à sa vie. Il tisse des liens, se rapproche de l’association Chrysalide, puis d’autres réseaux, et crée un véritable maillage autour de l’inclusion.
Et puis, un jour, la magie des bonnes rencontres opère. Il recontacte Romain Ripert, un ami de longue date, PDG du groupe CLIM. Avec son associé, Stéphane Geles, ils lui disent :
« Si tu veux te lancer dans une entreprise adaptée, on te suit. On te donne les moyens logistiques et financiers pour y arriver. »
C’est un tournant. Dans une région dépourvue d’entreprise adaptée, il obtient les agréments, monte des projets, et imagine des perspectives audacieuses.
Et en 2023, EMAN voit le jour.
Son but ? Améliorer la relation client des entreprises, en créant une plateforme multicanal déportée, tout en favorisant l’insertion professionnelle des personnes en situation d’handicap.
Autour de lui, d’autres visages engagés rejoignent l’aventure. Marie, puis Sandrine.
Mais pas uniquement. Car tout au long du chemin, chaque pas a été soutenu par une rencontre. Comme si, à chaque carrefour, une personne se trouvait là, exactement au bon moment, pour ouvrir une porte.
Mais écoutons Michel !

Iker : Michel, quel est ton objectif avec EMAN ?
Michel : Mon objectif est de contribuer à faire connaître et faire raisonner ce modèle d’entreprise adaptée, qui, je pense, peut être le modèle de l’entreprise de demain. Parce que ce n’est pas rien de s’adapter aux salariés et de discuter avec eux pour les fidéliser. On parle, on est en train de constater que les gens sont très volatiles et beaucoup moins fidèles à une entreprise. Mais le fait d’accompagner les gens, de les faire monter, d’être concentré vraiment sur eux, je n’ai pas de recul aujourd’hui, mais je pense que ça peut être transposé sur le milieu ordinaire et que ça peut inspirer un nouveau modèle de société. Pour moi, ce n’est pas délirant.
Virginie: Tu as dit que : « c’est un peu casse-cou ce que nous avons fait », mais tu l’as incarné pleinement pour pouvoir manœuvrer entre les sujets sociaux et économiques, et maintenir l’équilibre entre les deux.
Michel : A un moment donné, il y avait une telle colère qui a résonné en moi. J’avais ces soucis avec ma fille, et au travail, je n’étais pas écouté, j’étais mis de côté, je n’arrivais pas à m’exprimer. Je devais replacer les choses au centre. Pour cela, Romain et Stéphane m’ont tendu la main. Ils ne savaient pas ce que je leur présentais. Je leur ai dit : « je veux faire une entreprise adaptée », et ils m’ont dit « oui ». Ils n’avaient pas la notion de l’agrément, ils n’avaient pas la notion de la difficulté. Sans eux, je n’aurais pas rebondi. Mais une fois que quelqu’un te tend la main comme ça , tu n’as pas envie de dire non. Tu as une deuxième chance et tu as envie de montrer qu’ils ont eu raison et que ça va être beau pour tout le monde. Donc ça décuple la motivation.
Iker: Il y a plein de choses que tu nous as partagées que je trouve très intéressantes dans l’expérience incarnée. Tous ces moments de transformation que vous avez vécu en équipe, comment travaillez-vous pour que ceci soit possible ? Comment tu pars de rien et soudainement tu es ici ? Tu es le premier à faire une entreprise adaptée, tu es le pionnier.
Michel : Si tu regardes les chiffres sur le handicap, ils sont dramatiques. Tu les as à tous les étages. Le taux de chômage est deux fois plus élevé. L’inclusion à l’école, c’est en train de « déconner ». Ma femme travaille en tant que AESH (Accompagnant d’Elèves en Situation de Handicap) au collège Camus. Ils sont méprisés.
Alors, je ne sais pas si c’est du courage ou de l’inconscience, c’est un peu des deux. Parce que tu ne sais pas vraiment où tu vas, comment tu y vas. Mais ce qui est sûr, c’est que tu sais que c’est ta chance et qu’on te fait confiance. Alors, on fonce.
Virginie : Mais c’est ça qui est inspirant. Parce qu’il y a plein de gens qui restent bloqués dans une utopie à cause de la peur. Alors effectivement, il faut peut-être un degré de plus d’inconscience, comme tu dis.
Michel : Mais je ne suis pas complètement inconscient non plus. Je réalise, quand vous parlez de cheminement, qu’à un moment donné, moi, dans le boulot dans lequel j’étais, je souffrais du manque de communication. C’était plus de l’affrontement. Mais le fait de t’investir dans différents horizons, que ce soit publics, les organismes ou le privé, tu as tout le temps quelqu’un qui t’écoute.
Et moi, j’adore ça, parler avec les gens. Donc, à chaque fois que tu as une porte fermée, forcément, tu vas trouver quelqu’un qui va t’expliquer, qui va te dire comment tu peux ouvrir la porte. En fait, ça a été vraiment ça pendant une période. Ça a été d’écouter, d’apprendre, de lire aussi forcément, de te poser sur ce que tu voulais faire et aussi de beaucoup parler. C’est un projet humain, ce n’est pas qu’une histoire. Il y a des visages qui me viennent.
Par exemple, à un moment donné, je parle de formation. On hésitait avec Marie sur deux organismes de formation et on n’arrivait pas à trouver. On était un peu coincé. D’un côté, c’était bien, mais on ne le sentait pas. De l’autre côté… on ne le sentait pas plus. Le jour où l’on s’est senti bloqué, un autre centre de formation nous a appelé, un centre que j’avais déjà consulté, mais qui ne croyait pas encore que notre projet était mûr. Sa directrice m’appelle et me dit « Mais alors, vous en êtes où ? Tu fais quoi ? ». Et c’était elle.
Et ça a été ça, du début à la fin.
Des rencontres folles.
Iker : Toi, finalement, tu avais ce projet, cette volonté et cet engagement. Mais derrière, c’est une histoire de rencontres, d’amitiés et de territoire aussi. C’est se dire qu’on veut faire bouger les lignes sur notre territoire. Comment est-ce qu’on va transformer les choses chez nous ?
Michel : On arrive à EMAN, qui veut dire « donner » en basque. Et c’est pourquoi la main tendue est notre symbole.
Virginie : C’est toi. Tu tends la main, et on te la tend en retour. Une chaîne humaine d’aide, d’entraide. Tu peux avoir les plus belles idées, si tu veux les faire tout seul c’est plus compliqué.
Michel : Je suis d’accord. J’aime bien être celui qui montre la voie, mais je ne pense pas être un leader. Je suis responsable, ça, c’est sûr. Je suis responsable de ma structure. Je suis responsable de faire en sorte que ça marche, qu’il y ait une belle image de ce projet-là et d’essayer de susciter des vocations.
Merci Michel !
Une entreprise adaptée… KéZACo?
Et c’est la mission de Michel au quotidien !
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